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Alliance des États du Sahel : les enjeux d'un divorce historique · Ile News

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Sahel : le grand schisme qui menace de fracturer l'Afrique de l'Ouest

Entre émancipation affichée et vertige économique, l'Alliance des États du Sahel dynamite les codes traditionnels de la diplomatie régionale. Radioscopie d'une sécession historique qui bouscule tout le continent.

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Sahel : le grand schisme qui menace de fracturer l'Afrique de l'Ouest
Sahel : le grand schisme qui menace de fracturer l'Afrique de l'Ouest : Entre émancipation affichée et vertige économique, l'Alliance des États du Sahel dynamite les codes traditionnels de la diplomatie régionale. Radioscopie d'une sécession historique qui bouscule tout le continent., 14 septembre 2026© Abdoul Lamine Riche O.
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Sous le soleil de plomb de Bamako, Niamey et Ouagadougou, les chancelleries ne dorment plus. Ce qui ressemblait initialement à un coup d'éclat éphémère s'est mué en un séisme géopolitique majeur : l'Alliance des États du Sahel (AES) acte son divorce avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et esquisse les contours d'un projet d'intégration inédit. Portée par les colonels Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et le général Abdourahamane Tiani, cette rupture brutale redéfinit l'échiquier sous-régional en s'attaquant au cœur des souverainetés militaire, monétaire et diplomatique.

Le grand saut hors de la Cedeao : acte politique ou saut dans le vide ?

Quitter un bloc cinquantenaire réunissant plus de 400 millions d'habitants ne se fait pas d'un trait de plume. En dénonçant sans préavis le traité fondateur de la Cedeao, les trois capitales sahéliennes ont préféré trancher le nœud gordien plutôt que de négocier des calendriers de transition démocratique imposés depuis Abuja. Pour les états-majors sahéliens, l'organisation ouest-africaine s'est fourvoyée en instrumentalisant des régimes de sanctions économiques qu'ils jugent « inhumains, illégitimes et téléguidés par des puissances étrangères ».

Mais derrière l'élan patriotique célébré dans les rues, l'intendance doit suivre. Le retrait menace directement le principe de libre circulation des biens et des personnes, pierre angulaire du commerce transfrontalier. Le Mali et le Burkina Faso, pays enclavés, dépendent des corridors maritimes d'Abidjan, de Dakar et de Lomé pour leurs approvisionnements stratégiques. Si le Togo maintient une posture de médiateur bienveillant, l'instauration potentielle de barrières tarifaires ou de visas par leurs voisins côtiers constituerait une épreuve redoutable pour les trésoreries sahéliennes.

« Nous avons choisi la voie de l'honneur et de la souveraineté totale, celle qui ne se négocie pas dans les salons feutrés », clamait récemment le capitaine Ibrahim Traoré devant un parterre d'étudiants acquis à sa cause.

La bataille du franc CFA : le spectre d'une nouvelle monnaie

C'est le dossier le plus inflammable et le plus scruté par les marchés financiers : la sortie annoncée de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et l'abandon progressif du franc CFA. Dans les cercles souverainistes sahéliens, cette devise héritée de la colonisation incarne la dernière chaîne à briser. Les dirigeants de l'AES ont d'ores et déjà confié à des comités d'experts la tâche d'étudier la faisabilité d'une monnaie commune, parfois baptisée « Sahel » dans l'imaginaire populaire.

L'entreprise relève toutefois du funambulisme macroéconomique. Le franc CFA, arrimé à l'euro par une parité fixe garantie par le Trésor français, a protégé la zone d'une inflation galopante et assuré une relative stabilité des prix. Fonder une banque centrale sahélienne suppose de constituer des réserves de change substantielles, gagées sur l'or malien, l'uranium nigérien ou le coton burkinabè. Or, dans un contexte d'insécurité persistante et de déficit budgétaire chronique, le risque d'une dépréciation immédiate d'une telle monnaie menace directement le pouvoir d'achat des populations locales.

Moscou, Pékin, Ankara : le grand redéploiement des alliances

Le vide laissé par le départ des troupes françaises et occidentales n'est pas resté vacant longtemps. En chassant les forces de l'opération Barkhane, la mission onusienne Minusma et les coopérants militaires américains de la base 101 d'Agadez, l'AES a inauguré une reconfiguration spectaculaire de ses partenariats stratégiques. Moscou s'est engouffré dans la brèche, fournissant instructeurs, matériel lourd et drones d'attaque, désormais sous la bannière institutionnalisée de l'Africa Corps.

Néanmoins, la diversification va bien au-delà de la Russie. Ankara s'impose comme un fournisseur incontournable de drones Bayraktar TB2, essentiels dans la contre-insurrection aérienne, tandis que Pékin sécurise ses approvisionnements miniers, notamment dans le pétrole d'Agadem au Niger. Cette diplomatie transactionnelle offre aux juntes sahéliennes une marge de manœuvre inédite : traiter d'égal à égal, sans conditionnalités liées aux droits humains ou à l'organisation de scrutins électoraux.

Entre résilience populaire et péril sécuritaire

Sur le terrain, la rhétorique triomphale se heurte à la dureté du front. Si les forces armées ont repris pied dans plusieurs localités emblématiques, à l'instar de Kidal au nord du Mali reprise fin 2023, la nébuleuse jihadiste affiliée à Al-Qaïda et à l'État islamique adapte ses tactiques, multipliant embuscades et blocus économiques. Les populations rurales paient un lourd tribut humanitaire à cette guerre d'usure.

L'alliance des trois nations saura-t-elle transformer son capital d'adhésion populaire en victoires sécuritaires pérennes et en prospérité tangible ? En défiant frontalement les institutions régionales et les tutelles historiques, Bamako, Niamey et Ouagadougou tentent une redistribution complète des cartes ouest-africaines. Un chemin de crête, vertigineux et sans filet de sécurité, dont l'issue déterminera la trajectoire de tout le continent.

Abdoul Lamine Riche O.
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Abdoul Lamine Riche O.

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